imagineNATIVE

Retour aux études de cas
Fondée en
2000
Locations
  • Toronto, ON
Taille de l'entreprise
10-20
Origines de l’entreprise

imagineNATIVE, un festival autochtone de films et de médias numériques et interactifs, est né en 2000 sous la forme d’une plateforme de présentation d’œuvres cinématographiques d’artistes autochtones. L’accent n’est pas nécessairement mis sur la programmation, mais plutôt sur les artistes. Il arrive ainsi parfois que les œuvres présentées par imagineNATIVE ne respectent pas un thème autochtone ou ne racontent pas un récit autochtone. Toutefois, toutes les œuvres sont créées par des réalisateurs, producteurs et scénaristes autochtones. Ce faisant, imagineNATIVE veille à ce que ces voix soient entendues au-delà des sphères médiatiques traditionnelles qui n’offrent généralement pas ces perspectives.

Au cours des deux dernières décennies, imagineNATIVE a connu une croissance considérable pour devenir une organisation internationale de premier plan dans l’industrie des médias visuels. Le festival a grandement contribué au changement de perception et transformé le paysage de cette industrie en multipliant les occasions de présentation d’œuvres autochtones. Les activités d’imagineNATIVE ne se limitent pas au festival annuel tenu sur cinq jours en octobre. Elles comprennent également des initiatives (tournées, présentations d’œuvres), des ateliers et des projets spéciaux à longueur d’année.

Depuis les débuts du festival, les médias numériques sont présents, et ce, même si imagineNATIVE n’a pas toujours eu le temps ou la capacité de développer ce volet de sa programmation. Cependant, au cours des dernières années, vu la prolifération de technologies numériques et interactives plus accessibles (ex. : matériel de RV/RA, téléphones intelligents, logiciels de développement de jeux et d’animation informatique), imagineNATIVE a enfin pu soutenir le développement et la présentation d’œuvres numériques.

Jason Ryle, Directeur général et artistique

« Après avoir proposé des contenus autochtones pendant deux décennies, les archives de imagineNATIVE présentent de nouvelles opportunités pour explorer et contextualiser l’histoire du cinéma autochtone. On peut désormais parler plus spécifiquement du cinéma Cree ou explorer les aspects du cinéma Anishinaabe comme nous ne le pouvions il y a 20 ans.»

Perspective autochtone de la RV

2167 a été un grand projet de RV initié par imagineNATIVE. En collaboration avec le TIFF, Pinnguaq et l’Initiative for Indigenous Future, imagineNATIVE a demandé à quatre cinéastes et artistes autochtones de partager leur vision du Canada 150 années dans le futur dans quatre expériences de RV. Jason Ryle, le directeur artistique et directeur général d’imagineNATIVE qui est amateur de science-fiction et de réalité alternative, a eu l’idée de 2167 au moment de réfléchir à ce que le festival ferait pour souligner le cent cinquantenaire du Canada. Conformément à sa mission, imagineNATIVE a choisi de proposer quelque chose autre qu’une célébration des 150 ans passés. Initialement, ce projet devait prendre la forme d’une série de courts-métrages. Jason a fait l’essai du casque Cardboard de Google en 2014 et a eu une révélation : la RV représentait le média parfait pour 2167.

Trois des quatre courts-métrages de RV ont été présentés en première au TIFF Bell Lightbox en juin 2017 et toutes les œuvres ont été présentées à la 18e édition du festival imagineNATIVE. 2167 a aussi été présenté au Marché du film européen (EFM) du Festival de Berlin. Son succès s’explique par le fait qu’il présente du contenu très différent (une collection d’expériences dystopiques en RV) et qu’il représente du contenu autochtone original, avant-gardiste et conceptuel. 2167 fait aujourd’hui partie des présentations qu’imagineNATIVE propose en tournée au Canada douze mois par année.

Vu l’intérêt et le potentiel grandissants de la RV, il était également important pour imagineNATIVE d’assurer la représentation de perspectives autochtones. Ce besoin est devenu d’autant plus criant étant donné que la RV convient particulièrement bien aux formes de narration non linéaires et non occidentales. La narration autochtone repose souvent sur des structures, des boucles et des fragments non conventionnels. L’art de la narration en réalité virtuelle offre un point de vue et un sens unique de l’endroit, de l’espace et de l’environnement comparable aux pratiques autochtones en matière de narration orale.

Numérique ou interactif?

Après des années de succès dans l’industrie cinématographique, l’organisation aimerait opérer le même changement positif de perception dans les médias numériques et interactifs. C’est pourquoi la RV occupe de plus en plus de place au sein d’imagineNATIVE. En effet, le récent ajout de Meagan Byrne au poste de coordonnatrice des médias numériques et interactifs annonce le début d’une nouvelle ère dans la façon dont imagineNATIVE aborde les œuvres numériques créées par des artistes autochtones.

Ce changement a été amorcé par la réalisation qu’il existe deux types d’œuvres de RV : les expériences interactives (l’utilisateur a le contrôle) et les films 360 degrés (aucune action n’est requise). Par la suite, imagineNATIVE a développé deux stratégies différentes pour soutenir et présenter chaque type de contenu. Étant donné qu’imagineNATIVE fournit ses services surtout à des cinéastes, la RV est utilisée principalement pour des films, bien qu’un nombre croissant de projets interactifs soient également pris en charge par imagineNATIVE. Il va sans dire que la RV demeure un terrain d’expérimentation, car la technologie n’a pas encore été adoptée par les masses dans le marché. Par conséquent, personne ne peut affirmer avec certitude qu’elle est ici pour de bon ou encore comment elle sera appelée à évoluer.

Éthique de la RV

La production et la diffusion du contenu autochtone soulèvent une pléthore de questions, surtout lorsque ces considérations sont examinées sous la lentille de l’éthique de la réalité virtuelle. En sa qualité de chef de file dans l’industrie des médias visuels, imagineNATIVE développe un cadre de référence appelé « On Screen Protocols and Pathways » (basé sur une initiative australienne existante) afin d’orienter les créateurs de contenu, producteurs et distributeurs autochtones et non autochtones dans le processus de narration de récits autochtones à l’écran. Bien que ce cadre s’applique à la télévision et au cinéma, les principes et les protocoles qu’il enchâsse peuvent être appliqués aux contenus numériques et interactifs d’ici à ce qu’un autre cadre ait été développé. Le cadre vise à susciter un changement générationnel à l’écran et un changement qui mettra fin à la perpétuation de stéréotypes négatifs. De plus, il contribuera à l’assurance que les permissions adéquates sont accordées pour utiliser des récits ou des lieux sacrés et pour éviter le détournement de cérémonies. Dans ce contexte, il est particulièrement important d’explorer les enjeux éthiques soulevés par la RV, compte tenu de l’effet de proximité et d’intimité qu’elle crée. imagineNATIVE s’engage à encourager le dialogue dans le secteur afin de favoriser des projets interculturels porteurs.

Le chemin à parcourir est pavé de nombreuses autres considérations que le secteur de la RV devra aborder avec l’aide d’imagineNATIVE : accès et éducation, attribution et droit d’auteur ou archivage et conservation de médias numériques.

Perspectives d’avenir

Jason et Meagan ont confiance en l’avenir de l’industrie canadienne des médias visuels et le rôle de la création autochtone au sein de cette industrie. Comme il y a de plus en plus de personnes qui sont sensibilisées aux enjeux autochtones historiques et contemporains, l’auditoire est aujourd’hui plus susceptible de s’intéresser à des récits jadis marginalisés ou ignorés pendant trop longtemps. La RV est un excellent outil pour partager ces récits et ces expériences méditatives de même que pour construire des ponts entre les cultures. Cet intérêt se reflète dans la récente ouverture du Bureau des productions audiovisuelles autochtones du Canada, dont la mission est de couvrir l’ensemble des contenus médiatiques visuels, dont les médias numériques.

Après deux décennies de présentations d’œuvres autochtones dans le secteur des médias visuels, les archives d’imagineNATIVE ouvrent la porte à de nouvelles possibilités d’explorer et de contextualiser l’histoire cinématographique autochtone. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de nous pencher sur le cinéma cri ou encore sur certains aspects du cinéma des Anishinaabe de façons qui étaient inimaginables au siècle dernier.

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